Avec The Mandalorian and Grogu, Lucasfilm tente une nouvelle fois de ramener Star Wars sur grand écran après sept années d’absence au cinéma. Depuis la fin de la postlogie et l’accueil extrêmement divisé de L’Ascension de Skywalker, la saga a surtout trouvé un second souffle sur Disney+ grâce aux séries. Et parmi elles, The Mandalorian reste sans doute le plus grand succès de cette nouvelle ère. Lancée en 2019 avec Jon Favreau et Dave Filoni aux commandes, la série a immédiatement séduit les fans grâce à son ambiance de western spatial, son approche plus intimiste de l’univers et surtout l’arrivée du phénomène Grogu, devenu en quelques semaines l’un des personnages les plus populaires de toute la franchise. Ce passage au cinéma représentait donc un vrai tournant. L’idée était claire : transformer la série en événement cinématographique capable d’ouvrir une nouvelle phase pour Star Wars sur grand écran. Mais malgré toute la sympathie que l’on peut avoir pour Mando et Grogu, le résultat laisse un sentiment assez mitigé.

 

 

L'Empire Galactique est tombé, mais ses seigneurs de guerre continuent de semer le chaos aux confins de la galaxie. La jeune Nouvelle République, encore fragile, fait appel au chasseur de primes mandalorien Din Djarin et à son apprenti Grogu pour démanteler ce qui reste des forces impériales. Accompagnés par la Colonelle Ward (Sigourney Weaver), ancienne pilote de la Rébellion reconvertie en commandante des Territoires Extérieurs, le duo s'engage dans une série de missions qui les mèneront des marais crasseux d'une planète Hutt jusqu'à un affrontement final spectaculaire dans l'espace. L’un des principaux problèmes du film vient justement de cette impression persistante de regarder une nouvelle saison de The Mandalorian plutôt qu’un véritable long-métrage pensé pour le cinéma. Le film ne parvient jamais vraiment à s'extraire de la grammaire narrative de la série : succession de missions, rencontres éphémères avec des personnages secondaires, progression en arcs relativement indépendants. On ne peut s'empêcher de penser qu'avec un montage différent, ces deux heures douze se seraient parfaitement découpées en quatre épisodes de cinquante minutes sur Disney+. Jon Favreau n'arrive pas à insuffler à son récit cette densité, cette ambition de fond qui distingue un film de cinéma d'une production télévisuelle haut de gamme. Le milieu du film accuse clairement le coup : plusieurs séquences s'étirement inutilement, cassant le rythme sans apporter grand-chose à l'intrigue ou aux personnages. On décroche, on regarde sa montre et on attend que ça reparte. L’écriture reste agréable grâce aux interactions entre les personnages, mais il manque souvent cette tension ou cette sensation de danger permanent qui faisait la force des meilleurs films de la franchise.

 

 

Autre déception de taille : le film n'établit aucun lien tangible avec les événements de la postlogie. On sait que l'Empire renaîtra, on sait que Palpatine reviendra, on sait que la Première Ordre se profile à l'horizon… mais le film s'en désintéresse totalement. Pour un long métrage qui prend soin de s'inscrire dans la continuité temporelle entre Le Retour du Jedi et Le Réveil de la Force, c'est une occasion manquée frustrante. Quelques clins d'œil discrets, un nom lâché en passant auraient suffi à donner l'impression d'un univers cohérent qui respire. Rien. Zéro enjeu global pour la saga. On ressort de la salle sans avoir le sentiment que la galaxie a basculé d'un iota.

 

Là où le film tient ses promesses, c'est dans son traitement de la relation père/fils entre Mando et Grogu — le véritable cœur émotionnel de l'œuvre depuis le début. La question de l'identité et du choix (être Jedi ou Mandalorien ?) reste bien présente, abordée avec la sobriété qui caractérise la série. L'humour, lui, est bien dosé sans jamais tomber dans l'excès Marvel : Grogu continue de voler la vedette dans chacune de ses scènes avec une économie de moyens redoutable, et quelques échanges bien sentis avec Rotta le Hutt apportent une légèreté bienvenue. Jon Favreau ne se prend pas trop au sérieux, et c'est souvent là que le film trouve son souffle.

 

 

Pedro Pascal est toujours aussi convaincant derrière le casque — et c'est bien lui, physiquement, pour une large partie du film, ce qui n'était pas garanti vu son emploi du temps surchargé. Il incarne avec justesse un Mando apaisé, moins tourmenté, mais qui n'a rien perdu de sa détermination. Sigourney Weaver apporte une vraie crédibilité et une présence screen à son personnage de Colonelle Ward, même si ce dernier reste sous-exploité scénaristiquement. Quant à Grogu, il continue de performer à un niveau que bien des acteurs en chair et en os lui envieraient.

 

Visuellement, le résultat est plus contrasté. Certaines séquences sont d'une beauté saisissante : la photographie des différentes planètes explorées est soignée, certains plans larges ont une vraie gueule de cinéma, et l'utilisation de la technologie Volume (ce fameux fond LED géant cher à la série) a clairement progressé. Mais à d'autres moments, la CGI accuse sa limite, notamment dans certains plans rapprochés sur des créatures secondaires ou lors de quelques séquences d'action au rythme trop haché. Heureusement, les vingt dernières minutes rattrapent le tout avec des effets visuels enfin à la hauteur de la saga : batailles spatiales amples, mise en scène dynamique, et une conclusion qui donne enfin l'impression d’un retour de Star Wars au cinéma. C’est d’ailleurs assez frustrant car cela montre précisément ce que le film aurait pu être avec une ambition plus affirmée dès le départ.

 

 

S’il y a bien un domaine où The Mandalorian and Grogu impressionne réellement, c’est sa bande originale et son travail sonore. La musique est excellente du début à la fin. Les compositions prolongent parfaitement l’identité musicale installée par Ludwig Göransson dans la série tout en apportant une dimension plus ample et plus cinématographique à certains thèmes. Plusieurs morceaux accompagnant les scènes d’action ou les moments émotionnels marquent immédiatement et participent énormément à l’immersion.

 

The Mandalorian and Grogu est un film agréable qui fait le job pour les fans de la série, porté par un duo irrésistible et une bande-son de qualité. Mais il manque l'ambition et la stature nécessaires pour marquer le retour triomphal de Star Wars au cinéma. Un bon épisode de télévision augmenté.