Presque dix ans après la sortie du premier opus,
Zootopie 2 arrive avec le poids d’un héritage massif. Le film original, porté par un duo devenu immédiatement iconique et par une réflexion fine sur les préjugés, avait conquis public et critique, au point de s’imposer comme l’un des joyaux récents de Disney Animation. Le studio, désormais très enclin à prolonger ses franchises les plus solides, n’a pas résisté à l’idée de revisiter l’univers foisonnant de Judy Hopps et Nick Wilde. Mais dans un paysage hollywoodien saturé de suites parfois fabriquées par réflexe corporate, ce second volet devait relever un défi particulièrement exigeant : retrouver la pertinence, l’énergie et l’ingéniosité du premier film sans tomber dans l’auto-répétition.
Le scénario nous replonge dans le quotidien du célèbre duo, désormais partenaires aguerris au sein de la police de Zootopie. La tranquillité de la ville est brusquement perturbée par l’arrivée d’un mystérieux reptile. Sa simple présence soulève une question troublante : pourquoi les reptiles ont-ils été écartés de la métropole depuis tant d’années ? Ce détail, jusque-là passé sous silence, devient le point de départ d’une enquête plus vaste qu’une simple affaire criminelle. Judy et Nick sont entraînés hors du cœur urbain vers des territoires périphériques, confrontés à des pans oubliés — parfois volontairement effacés — de l’histoire de Zootopie. Leur duo doit non seulement résoudre une énigme, mais aussi prendre acte d’un passé que la cité aurait préféré ne jamais exhumer.
Narrativement,
Zootopie 2 s’appuie sur une base solide, quoique moins surprenante que celle du premier film. Le récit s’éloigne de l’allégorie frontale sur les discriminations pour explorer des thèmes contemporains tout aussi sensibles : le rapport à la vérité, la manipulation de l’opinion, la montée des populismes urbains, ou encore l’usure d’une société ultra-connectée où les récits circulent plus vite que la réalité. Cette dimension politique, subtile mais assumée, donne à l’ensemble une épaisseur inattendue pour une comédie familiale. Le film adopte également une approche plus intime : Judy et Nick ne sont plus uniquement un binôme d’action mais un véritable couple professionnel mis à l’épreuve, notamment à travers des séances de « thérapie de partenaires » qui nourrissent autant l’humour que la caractérisation. On ne cherche plus seulement à élucider un mystère : il s’agit aussi de réparer un lien, d’assumer des failles, de consolider une confiance.
Le personnage de Gary De’Snake — serpent énigmatique incarné par Ke Huy Quan — est l’une des plus belles réussites du film. Son apparition crée un choc dans cet univers largement dominé par les mammifères, mais son rôle dépasse la simple fonction narrative. Gary incarne une mémoire occultée : celle des exclus, des populations dont la disparition du paysage urbain n’est pas due au hasard. Le film se penche ainsi sur la manière dont une société peut gommer certains groupes pour se raconter une version plus confortable d’elle-même. Grâce à son mélange de charme, de décalage et de fragilité, Gary devient une figure profondément touchante, qui remet en cause les certitudes établies et donne une réelle densité émotionnelle à l’intrigue.
Côté humour, le film se montre généreux, parfois même plus que son prédécesseur. On retrouve des gags visuels efficaces, mais aussi un humour plus ancré dans l’époque, jouant sur les codes des réseaux sociaux, du journalisme sensationnaliste ou du podcasting — incarné notamment par une castor influenceuse particulièrement savoureuse. Ces respirations comiques permettent d’équilibrer un récit parfois dense et d’offrir un rythme enlevé, sans jamais affaiblir le propos. Visuellement,
Zootopie 2 est un festival. La ville n’a jamais été aussi vivante, aussi texturée, aussi vibrante. Les équipes d’animation livrent un travail d’une précision stupéfiante : reflets, pelages, micro-gestuelle, profondeur de champ… tout est méticuleusement travaillé. Les nouvelles zones urbaines introduites enrichissent brillamment la géographie de la cité, donnant une impression d’extension naturelle de l’univers sans jamais le dénaturer. L’animation des animaux, toujours subtilement stylisée, conserve cet équilibre unique entre anthropomorphisme expressif et comportement animal crédible.
La musique accompagne l’ensemble avec une grande justesse. Si le film ne cherche pas à reproduire le phénomène « Try Everything », la bande originale s’appuie davantage sur l’ampleur orchestrale et les atmosphères émotionnelles. Les thèmes s’intègrent parfaitement au récit, notamment dans les séquences d’enquête et de poursuite. Et la nouvelle chanson de
Shakira, « Zoo », co-signée avec Ed Sheeran, s’impose instantanément comme un tube, suffisamment accrocheur pour accompagner durablement la promotion du film.
Zootopie 2 réussit le délicat équilibre entre continuité et renouvellement. Il n’atteint peut-être pas la fraîcheur absolue du premier opus, mais étend l’univers avec intelligence, humour et ambition. Grâce à ses personnages enrichis, à sa dimension politique inattendue et à son animation somptueuse, le film s’impose comme l’une des suites les plus réussies de Disney Animation. Un retour généreux, divertissant et pertinent, qui devrait ravir aussi bien les fans de la première heure que les nouveaux spectateurs.
